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ICOPE généralisé : prévenir la perte d'autonomie dès 60 ans

10 avril 2026 4 min de lecture
La généralisation du programme ICOPE (Integrated Care for Older People) s’inscrit désormais dans le droit commun, portée par la loi d’avril 2024 et précisée par un décret du 19 mars 2026 accompagné d’un arrêté fixant son cahier des charges. Inspiré d’un modèle de l’OMS, ce dispositif vise à structurer une démarche nationale de repérage précoce des fragilités chez les personnes de 60 ans et plus. Il repose sur une évaluation standardisée de 6 fonctions essentielles (cognition, nutrition, vision, audition, santé mentale, locomotion), réalisable en une dizaine de minutes, notamment en officine via des outils numériques intégrés à Mon Espace Santé.

Au-delà de l’outil, le programme formalise une logique populationnelle ciblée, avec une priorité donnée aux personnes en situation de vulnérabilité : isolement social, précarité, éloignement du système de soins ou absence de suivi médical régulier. À l’inverse, les personnes déjà en perte d’autonomie (GIR 1 à 4 ou bénéficiaires de l’APA) sont exclues, confirmant un positionnement clair en amont de la dépendance. L’enjeu est donc de faire évoluer le système de santé vers une prévention structurée, coordonnée et territorialisée, mobilisant l’ensemble des acteurs, dont les pharmaciens.

Points clés à retenir

• Un dispositif inscrit dans le droit commun, avec un cahier des charges réglementaire précis (décret + arrêté).

• Une rémunération autour de 19 € par test, financée via des crédits régionaux.

Le programme ICOPE repose désormais exclusivement sur la phase 1 (step 1), centrée sur le repérage. Le test peut être réalisé en autonomie ou avec l’appui d’un professionnel, notamment le pharmacien. En cas d’anomalie, une orientation vers un professionnel de santé est requise pour approfondissement. Le pilotage est assuré par les ARS, en coordination avec les collectivités et les acteurs du territoire. Le dispositif s’appuie sur une logique d’écosystème élargi : professionnels de santé, établissements, acteurs sociaux et médico-sociaux, mais aussi santé au travail participent à l’information, au repérage et à l’orientation. Malgré cette structuration, des limites persistent : difficulté d’adhésion des patients dans la durée et mobilisation hétérogène des professionnels, notamment liée aux conditions économiques.
Sur le plan humain, ICOPE permet une détection anticipée des fragilités invisibles, notamment chez des publics peu suivis médicalement. L’officine devient un point d’entrée stratégique pour toucher ces populations, en particulier celles éloignées du soin, contribuant ainsi à une meilleure équité en santé.

Au niveau organisationnel, le dispositif renforce le rôle du pharmacien dans une logique de prévention active et objectivée, en articulation avec d’autres dispositifs (bilan partagé de médication, bilan de prévention). Il implique toutefois une adaptation des pratiques officinales, avec une nécessaire coordination interprofessionnelle et une intégration fluide dans le parcours patient.

Sur le plan économique, le modèle reste en tension : si une rémunération est prévue, elle pose la question de la valorisation réelle du temps de prévention. Néanmoins, ICOPE participe à redéfinir progressivement la place de l’officine comme acteur de santé publique, au-delà de la dispensation.

Perspectives Stratégiques

Avec ICOPE, le système de santé franchit une étape vers une prévention organisée, standardisée et territorialisée, où le pharmacien devient un acteur du repérage précoce et de l’orientation. Mais cette transformation reste incomplète : elle repose encore largement sur l’adhésion individuelle des patients et l’engagement des professionnels, sans garantie de continuité dans le suivi.

Derrière cette évolution se dessine une tension plus profonde : peut-on réellement structurer une politique de prévention efficace sans repenser en profondeur les modèles économiques et organisationnels du système de santé ? Et surtout, jusqu’où l’officine est-elle prête (et en capacité) d’assumer ce rôle de vigie du vieillissement ?
Sources Documentaires

Site institutionnel : Ordre national des pharmaciens – Phase de repérage du programme ICOPE : le cahier des charges publié – 26 mars 2026
https://www.ordre.pharmacien.fr/les-communications/focus-sur/les-actualites/phase-de-reperage-du-programme-icope-le-cahier-des-charges-publie

Article de presse professionnelle : Le Moniteur des Pharmacies – Dépistage de la perte d’autonomie : le programme ICOPE est généralisé en pharmacie – 27 mars 2026

Décret n°2026-191 du 18 mars 2026 : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053700661

Arrêté du 18 mars 2026 : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053700791

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