Une étude menée par OpinionWay pour MedInTechs (janvier 2026) auprès de 1 023 patients sous traitement de plus de six mois met en lumière une réalité préoccupante : 42 % des patients déclarent avoir déjà oublié ou interrompu une prise au cours des 12 derniers mois, et un patient sur deux reconnaît adapter lui-même son traitement sans en informer un professionnel de santé. Loin de concerner uniquement les personnes âgées, l’observance touche toutes les générations, y compris les moins de 35 ans.
Ces données confirment un phénomène connu mais encore insuffisamment intégré dans les politiques de santé : le décrochage thérapeutique n’est pas un refus de soin, mais souvent l’expression d’une difficulté à intégrer le traitement dans la vie quotidienne. Fatigue psychologique, charge organisationnelle, culpabilité après oubli : le traitement chronique devient parfois une contrainte identitaire autant que médicale. Dans un contexte de progression des maladies chroniques, cette question engage directement la qualité du parcours de soins et l’égalité d’accès à une santé durable.
Points clés à retenir
• 42 % des patients sous traitement long déclarent un oubli ou une interruption sur 1 an.
• 50 % ajustent leur traitement sans avis médical.
• 51 % se disent fatigués de devoir « tenir » leur traitement dans la durée.
• 39 % perçoivent un décalage entre les attentes du système de soins et leurs capacités réelles.
• Les outils existants restent peu mobilisés : 28 % utilisent un pilulier, 12 % des rappels téléphoniques, 4 % une application dédiée.
Ces chiffres traduisent une charge mentale et organisationnelle sous-estimée. L’observance ne relève pas uniquement d’une discipline individuelle ; elle dépend de facteurs cognitifs, émotionnels, sociaux et économiques. Le cadre réglementaire reconnaît déjà l’importance de l’accompagnement pharmaceutique (entretiens pharmaceutiques, bilans partagés de médication), mais leur appropriation reste variable selon les territoires et les publics.
Sur le plan sociétal, la non-observance pose une question d’équité en santé. Les patients les plus vulnérables – isolement social, précarité, pathologies multiples – sont aussi ceux pour lesquels la complexité thérapeutique est la plus lourde. L’enjeu dépasse l’individu : il concerne la capacité collective à rendre le soin réellement accessible.
Pour les patients, la simplification des traitements apparaît comme une attente prioritaire. La conception de médicaments à posologie allégée, les dispositifs combinés ou les schémas thérapeutiques adaptés constituent des leviers structurants.
Pour les pharmaciens et prescripteurs, l’enjeu est organisationnel : intégrer l’observance dans une démarche proactive, sans alourdir des conditions de travail déjà contraintes. Cela implique une coordination interprofessionnelle renforcée et une reconnaissance du temps dédié à l’accompagnement.
Perspectives Stratégiques
L’observance médicamenteuse ne peut plus être envisagée sous l’angle moral ou comportemental. Elle relève d’une responsabilité systémique, au croisement de l’innovation pharmaceutique, de l’organisation des soins et de la RSE des acteurs de santé. Repenser l’accompagnement des patients chroniques suppose d’articuler simplicité thérapeutique, pédagogie et écoute active.
À moyen terme, la capacité des systèmes de santé à réduire le décrochage médicamenteux pourrait devenir un indicateur clé de performance sociale et de durabilité sanitaire.