Présentés sur les réseaux sociaux comme des solutions quasi miracles pour ralentir le vieillissement, améliorer les performances sportives, optimiser le sommeil ou accélérer la guérison, les peptides font l’objet d’un engouement croissant. Des pratiques comme le peptide stacking ou l’usage détourné de peptides dits « de recherche » se diffusent largement, souvent hors de tout cadre médical ou réglementaire.
L’article publié par l’Inserm dans le cadre de son dispositif Canal Détox rappelle cependant un point central : pour la majorité de ces usages, les preuves scientifiques chez l’humain sont absentes, fragmentaires ou insuffisantes. Cette dissonance entre discours promotionnels et état réel des connaissances pose un enjeu majeur de protection des consommateurs, de lutte contre la désinformation en santé et de responsabilité des acteurs de la chaîne du soin, en particulier en officine, lieu de premier recours et d’information.
Points clés à retenir
• Les peptides sont des chaînes courtes d’acides aminés, naturellement présentes dans l’organisme, et déjà utilisées en médecine dans des cadres strictement évalués (ex. insuline, analogues du GLP-1).
• En dehors de ces indications validées, la majorité des peptides promus pour des usages esthétiques, sportifs ou de longévité ne bénéficie d’aucun essai clinique robuste chez l’humain.
• Certains peptides populaires (Melanotan II, peptides de croissance, BPC-157) exposent à des risques sanitaires identifiés ou plausibles, notamment hormonaux, métaboliques ou oncologiques, en l’absence de suivi médical. Plusieurs substances sont interdites par l’Agence mondiale antidopage, soulignant leur caractère non conforme à un usage sécurisé.
• Les produits vendus comme « destinés à la recherche » échappent au cadre du médicament : composition, pureté et dosage ne sont pas garantis, augmentant les risques pour les usagers.
Ces constats soulignent les limites d’un marché où les frontières entre médicament, complément alimentaire, cosmétique et produit expérimental sont volontairement brouillées.
Sur le plan sociétal et humain, la diffusion de promesses non fondées fragilise la confiance dans la science et expose des publics vulnérables (personnes âgées, sportifs amateurs, patients en errance thérapeutique) à des choix à risque. L’enjeu d’inclusion porte ici sur l’accès à une information loyale et compréhensible.
Pour les organisations de santé et les officines, la multiplication de ces produits et discours renforce la complexité du rôle du pharmacien, à la fois professionnel de santé et chef d’entreprise. Il s’agit de concilier impératifs économiques, devoir de conseil, vigilance réglementaire et responsabilité éthique.
Du point de vue professionnel, cette situation repositionne l’officine comme un acteur clé de la prévention de la désinformation en santé, en cohérence avec les valeurs de la RSE : sécurité du patient, loyauté des pratiques et contribution à la santé publique.
Perspectives Stratégiques
À moyen terme, la question des peptides illustre un enjeu plus large : la capacité du système de santé à encadrer des innovations perçues comme rapides, personnalisées et « naturelles », mais scientifiquement immatures. Pour les pharmaciens, cela ouvre la voie à des pratiques professionnelles structurées : développement de lignes de conseil fondées sur les données probantes, formation continue sur les usages détournés de substances émergentes, et participation active à des démarches de pédagogie sanitaire inspirées des standards des grands groupes en matière de conformité et de gestion du risque.
Dans une logique RSE, l’officine peut ainsi devenir un rempart local contre les dérives du marketing de la promesse, en renforçant son rôle de tiers de confiance, au service d’une innovation responsable et d’une durabilité humaine du soin.