S’installer pour la première fois en officine reste, pour de nombreux pharmaciens, une étape à la fois déterminante et vertigineuse. Entre responsabilités économiques, management d’équipe, choix stratégiques et équilibre de vie, la transition entre le statut d’adjoint et celui de titulaire s’accompagne souvent de doutes, voire de renoncements.
Face à ce constat, certains réseaux expérimentent des formes d’accompagnement inédites. Le compagnonnage proposé par le réseau Totum s’inscrit dans cette logique : permettre à de futurs titulaires de vivre, sur une période longue et immersive, la réalité du métier aux côtés de confrères expérimentés, bien au-delà de la simple prise de poste.
Points clés à retenir
Le dispositif repose sur un CDD de six mois, durant lequel le pharmacien compagnon change d’officine chaque semaine pendant plusieurs mois. Il travaille en binôme direct avec le titulaire, en étant volontairement positionné en surnombre de l’équipe afin d’observer, comprendre et participer à l’ensemble des missions : gestion, ressources humaines, achats, relations fournisseurs, organisation du travail et arbitrages quotidiens.
L’originalité du modèle tient à son immersion totale : le compagnon est logé et nourri chez le titulaire, partageant non seulement le temps professionnel mais aussi les temps informels, souvent absents des dispositifs classiques de formation. Cette proximité favorise des échanges plus sincères sur les réalités du métier, les difficultés rencontrées et les choix de vie qui accompagnent l’installation.
La dernière partie du contrat prévoit des périodes de remplacement autonome, renforçant la prise de responsabilité et la confiance mutuelle entre le compagnon et l’hôte.
Sur les conditions de travail et la formation, le compagnonnage agit comme un sas de sécurisation pour les futurs titulaires. Il permet d’acquérir des compétences rarement formalisées : lecture économique d’un dossier, élaboration de prévisionnels, gestion d’équipe, relation avec les partenaires commerciaux. Cette montée en compétence progressive contribue à réduire le stress, l’isolement et le risque d’échec lors de l’installation.
Pour les titulaires hôtes, l’accueil d’un compagnon ne relève pas d’un simple transfert descendant de savoirs. Les titulaires bénéficient eux aussi d’un regard extérieur, d’échanges de bonnes pratiques et d’un renfort temporaire des équipes. Le dispositif favorise une dynamique d’amélioration continue, parfois difficile à enclencher lorsque l’on est pris dans le rythme quotidien de l’officine.
Pour les territoires et le réseau officinal, en facilitant l’installation de nouveaux titulaires mieux préparés, le compagnonnage participe indirectement au maintien d’un maillage officinal durable, y compris dans des zones où les pharmacies peuvent être fragilisées. Il contribue à renforcer l’attractivité du métier et à lutter contre certaines formes de désertification officinale.
Perspectives Stratégiques
Ce type de dispositif questionne les modèles traditionnels de transmission du métier de pharmacien. Il montre que l’accompagnement à l’installation ne se limite pas à des formations théoriques ou à des séminaires ponctuels, mais peut s’appuyer sur des relations humaines longues, structurantes et réciproques.
À terme, ces expériences pourraient inspirer d’autres formes de compagnonnage, plus largement déployées, intégrant des enjeux de qualité de vie au travail, de prévention de l’épuisement professionnel et de gouvernance responsable des officines.