La France vieillit, mais le regard porté sur l’âge peine à évoluer.
Alors que les plus de 65 ans représenteront un quart de la population en 2040 et plus d’un tiers en 2070 selon l’Insee, les seniors restent souvent cantonnés à des représentations réductrices : dépendance, retrait, fragilité.
Pourtant, les premiers concernés le disent clairement : ils ne veulent plus être définis par leur âge, mais par leurs usages, leurs choix et leur place dans la société. Les enquêtes récentes montrent un décalage fort entre l’âge chronologique, l’âge ressenti et l’âge social. La « vieillesse » est repoussée bien au-delà de 70 ans par ceux qui la vivent.
Ce changement de paradigme concerne directement le système de santé, et en particulier la pharmacie, interface quotidienne entre soins, prévention, autonomie et vie sociale.
Points clés à retenir
Les seniors d’aujourd’hui forment un groupe extrêmement hétérogène. Ils vivent à domicile, en habitat partagé, en EHPAD ou chez des proches, avec des niveaux d’autonomie très variables. Ce qui les rassemble n’est pas l’âge, mais leurs usages.
Les données issues du troisième baromètre du RFVAA (2025) mettent en évidence plusieurs attentes majeures :
• plus de 70 % souhaitent participer à des activités intergénérationnelles ;
• près de 67 % attendent des actions de prévention en matière d’autonomie, de services et de soins ;
• plus de 56 % demandent un interlocuteur unique en cas de problème de santé ;
• plus de 55 % expriment un besoin fort de commerces de proximité.
En parallèle, la grande majorité des Français souhaitent vieillir chez eux. Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, 74 % n’envisagent pas de vivre en établissement pour personnes âgées. Dans les faits, plus des trois quarts des personnes en perte d’autonomie vivent déjà à domicile, souvent au prix d’une mobilisation très importante des aidants.
Pour la pharmacie d’officine, ces constats résonnent directement avec la pratique quotidienne. Le pharmacien est l’un des rares professionnels de santé accessibles sans rendez-vous, au cœur des territoires, y compris ruraux. Il devient, de fait, un point de repère essentiel pour des seniors qui cherchent à comprendre, prévenir, anticiper et rester autonomes.
La demande d’un interlocuteur unique en cas de problème de santé rejoint pleinement le rôle officinal : coordination, orientation, conseil, accompagnement dans la durée. La prévention de la perte d’autonomie, la sécurisation du domicile (chutes, iatrogénie, observance), la compréhension des traitements sont autant de champs où l’officine peut agir, sans médicaliser excessivement le vieillissement.
Pour les laboratoires pharmaceutiques, ces évolutions invitent à repenser les approches centrées uniquement sur la pathologie. Les seniors n’attendent pas seulement des médicaments, mais des solutions intégrées : bon usage, pédagogie, accompagnement, prévention des effets indésirables, lisibilité des informations. La RSE se joue ici dans la capacité à concevoir des produits et des supports adaptés aux usages réels, et non à une vision abstraite de l’âge.
Pour les laboratoires de parapharmacie et de dermo-cosmétique, la responsabilité est encore plus sensible. Positionnés entre bien-être, image de soi et santé, ils influencent fortement la manière dont les seniors perçoivent leur corps et leur vieillissement. Une communication responsable suppose d’éviter les discours anxiogènes ou culpabilisants, de privilégier l’utilité réelle, le confort, la prévention et la dignité, plutôt que la promesse illusoire de « ne pas vieillir ».
Perspectives Stratégiques
Cette lecture du vieillissement ouvre plusieurs perspectives structurantes :
→ une pharmacie davantage tournée vers le parcours de vie, et non vers l’âge ;
→ un renforcement du rôle de l’officine dans la prévention, l’orientation et le maintien à domicile ;
→ une exigence accrue envers les laboratoires sur la clarté, la loyauté et la sobriété des messages à destination des seniors ;
→ une meilleure articulation entre santé, parapharmacie, habitat, mobilité et services de proximité ;
→ une contribution active de la pharmacie à une société plus inclusive, où bien vieillir devient un projet collectif.
En filigrane, cette évolution rappelle que le vieillissement n’est pas un problème à corriger, mais une réalité à accompagner.