La santé mentale étudiante est devenue un marqueur silencieux des fragilités qui traversent les professions de santé. Dans les facultés de pharmacie, les chiffres sont sans appel : près des deux tiers des étudiants en situation de mal-être n’ont jamais demandé d’aide, et plus de la moitié ignorent même à qui se confier. Derrière ces statistiques, il y a des jeunes souvent brillants mais épuisés, des parcours exigeants, des stages éprouvants et cette impression diffuse que « tenir » fait partie du métier.
C’est dans ce climat que l’ANEPF, en partenariat avec la Mutuelle Nationale des Hospitaliers (MNH), lance La Ligne Relais : un numéro d’écoute simple, direct, tenu par des pairs formés, capable d’orienter un étudiant vers le bon interlocuteur sans jugement, sans délai, sans bureaucratie.
La démarche part d’un constat lucide : la détresse étudiante n’appelle pas seulement des dispositifs institutionnels, mais des voix humaines, accessibles, capables de comprendre ce que vit la génération actuelle. Un appel, parfois, suffit à briser l’isolement.
Points clés à retenir
• Des appels pris en charge par trois étudiants formés aux Premiers Secours en Santé Mentale.
• Une orientation personnalisée : psychologues, services sociaux, associations spécialisées, dispositifs internes de l’ANEPF.
• Un fonctionnement cadré par un protocole de confidentialité strict.
• Un comité de suivi trimestriel incluant un psychologue partenaire.
• Le dispositif répond à un double angle mort : la méconnaissance des aides existantes et un non-recours massif aux soins lorsqu’un mal-être s’installe.
L’initiative dépasse le cadre de la vie étudiante : elle touche directement à la vitalité future du réseau officinal et des autres métiers pharmaceutiques.
Pour les étudiants, La Ligne Relais crée un espace où la parole peut enfin circuler sans hiérarchie ni crainte d’être jugée. Cela contribue à briser le tabou du mal-être dans les filières de santé, où l’endurance est souvent perçue comme un prérequis. Une génération mieux accompagnée aujourd’hui, c’est une génération de professionnels plus équilibrés demain.
Pour les institutions et syndicats, l’initiative ouvre la voie à une nouvelle culture de prévention, fondée sur la pair-aidance, l’écoute active et la détection précoce des signaux de décrochage. C’est un modèle qui pourrait se décliner à l’échelle nationale et interprofessionnelle.
Pour l’officine, l’impact est indirect mais essentiel : un pharmacien épuisé, isolé ou fragilisé traverse sa carrière avec des vulnérabilités qui se répercutent sur le travail d’équipe, la relation patient et la qualité du soin. Soutenir les futurs pharmaciens, c’est investir dans la résilience du réseau officinal tout entier.
Perspectives Stratégiques
La Ligne Relais pourrait marquer un tournant dans la manière dont la profession aborde la santé mentale :
→ un glissement vers une culture où demander de l’aide devient normal ;
→ une intégration progressive d’outils de prévention dans les cursus, avec formation systématique au repérage de la détresse ;
→ une meilleure coordination entre facultés, ordres, syndicats et mutuelles ;
→ un futur réseau d’écoute interprofessionnel étendu à d’autres métiers de santé ;
→ la reconnaissance du mal-être étudiant comme un enjeu de santé publique et non comme une fragilité individuelle.
Si l’initiative tient ses promesses, elle pourrait devenir l’un des premiers jalons d’une transformation en profondeur : celle qui place l’humain au centre de la qualité des soins.