Dans plusieurs communes de Saône-et-Loire, un projet de regroupement d’officines — pourtant vital pour assurer la continuité de l’accès aux médicaments — déclenche une forte opposition citoyenne. Les pharmacies de Palinges, Génelard et Perrecy-les-Forges, incapables de trouver un repreneur individuel, n’avaient plus d’autre perspective que la fermeture. Le regroupement, porté par une jeune pharmacienne prête à reprendre l’ensemble, était perçu comme une chance. Mais la décision de centraliser à Génelard cristallise tensions et incompréhensions.
Points clés à retenir
Cette situation met en lumière une équation devenue courante en zone rurale : des officines économiquement fragiles, mais perçues par la population comme un pilier identitaire et sanitaire.
Selon les titulaires, les chiffres sont implacables : les petites pharmacies n’attirent plus de repreneurs, et seule une consolidation permet de retrouver un modèle viable. La possibilité d’un regroupement a donc été accueillie comme une solution « inespérée », permettant d’éviter une disparition pure et simple du service.
Du côté des habitants, la lecture est tout autre. La pharmacie de Palinges, présente depuis les années 1930, incarne un service de proximité vital, notamment pour les personnes âgées ou sans mobilité. L’annonce de la fermeture a déclenché en quelques jours une mobilisation collective, une pétition dépassant le millier de signatures et une manifestation en préparation. Les élus locaux expriment également leur incompréhension : des investissements municipaux venaient d’être réalisés pour renforcer l’offre de santé autour de l’officine de Palinges — rénovation, installation de médecins, mise à disposition de locaux. Ils regrettent un manque de concertation et s’interrogent sur la cohérence de déplacer la pharmacie vers une commune dépourvue de médecins.
Les pharmaciens, eux, rappellent une réalité souvent difficile à accepter : l’officine est une entreprise, pas un service public, et sa survie dépend de marges, de flux patients et d’équilibres économiques parfois fragiles.
Pour les officines rurales, cette affaire illustre un dilemme croissant : garantir la viabilité économique tout en préservant un lien territorial très fort. Les regroupements apparaissent comme une solution rationnelle, mais ils se heurtent à une dimension émotionnelle et sociale difficile à anticiper. L’officine n’est pas seulement un lieu de dispensation : c’est un repère du quotidien, un symbole de proximité et parfois un des derniers services ouverts dans le village.
Cette tension souligne la nécessité d’une communication plus anticipée, d’une concertation réelle avec les élus et d’un accompagnement territorial lorsque la réorganisation devient inévitable. Elle interroge aussi le rôle futur des professionnels dans les zones rurales : nouvelles formes d’exercice, coopération avec les collectivités, services additionnels pour compenser les distances…
Pour les laboratoires et fournisseurs, ces situations rappellent un enjeu plus large :
• la fragilisation du maillage officinal modifie les circuits de dispensation ;
• les arbitrages économiques des pharmaciens en zone rurale influencent référencements, volumes, services et relations commerciales ;
• l’évolution du réseau de soins rural devient une donnée à intégrer dans les stratégies territoriales.
Perspectives Stratégiques
Cette affaire locale illustre un phénomène national : la ruralité est confrontée à une recomposition accélérée de ses services de santé.
A court terme, on peut s’attendre à :
→ une multiplication des regroupements officinaux, faute de repreneurs ;
→ des mobilisations citoyennes de plus en plus fréquentes ;
→ des attentes croissantes envers les collectivités pour soutenir les professionnels.
À plus long terme, elle nourrit un débat essentiel : comment garantir un accès aux soins équitable lorsque les modèles économiques traditionnels ne tiennent plus ? Les réponses pourraient passer par de nouvelles formes de financement, des aides territoriales, ou une réflexion plus large sur la place des officines dans la politique de santé rurale.