Points clés à retenir
Les travaux menés par les inspections identifient une réalité désormais assumée : la financiarisation n’est plus un phénomène périphérique, mais un levier de transformation profond du système de santé. L’objectif du plan d'action est double : clarifier les mécanismes par lesquels des acteurs financiers contournent l’interdiction d’entrée au capital et objectiver leurs effets sur la qualité, l’accès aux soins et l’indépendance professionnelle.
Dans le domaine officinal, plusieurs montages apparaissent comme des "portes dérobées" :
• obligations de dette assorties de clauses d’association à la valeur créée ;
• conditions contractuelles imposant des choix de gestion, d’achat ou de logiciels ;
• pressures économiques via indemnités de non-convertibilité ;
• groupements capitalistiques avec actionnaires financiers.
Ces montages, bien que légaux, créent une influence directe sur la gouvernance des officines sans que les investisseurs n’apparaissent au capital. Pour la DGOS, c’est une zone grise qui menace la liberté de dispensation, la qualité des soins et le maillage territorial.
La financiarisation n’est cependant pas jugée uniformément négative : dans certains secteurs, elle a permis d’améliorer protocoles, organisation et rapidité d’accès aux soins. Mais les risques existent : hausse des prix, optimisation agressive des actes, captation de valeur, dépendance à des groupes "too big to fail".
Pour les officines, cette montée d’acteurs financiers change silencieusement la façon de gérer une entreprise pharmaceutique. Certains titulaires découvrent que des contrats de financement, pourtant présentés comme anodins, peuvent influencer leurs choix de logiciels, de référencement, de services ou de produits. Ce glissement n’est pas qu’économique : il interroge la capacité du pharmacien à conserver son indépendance professionnelle, c’est-à-dire à faire primer l’intérêt du patient sur des logiques de rendement.
Ce débat a également une portée symbolique : l’officine, longtemps perçue comme un commerce de proximité préservé des tensions capitalistiques, devient un secteur convoité. Les pharmaciens pourraient bientôt être appelés à déclarer certains contrats, adapter leurs pratiques de gouvernance, ou intégrer de nouveaux standards de transparence.
Pour les laboratoires, cette évolution n’est pas neutre. La montée d'investisseurs pourrait influencer : les choix de gammes recommandées, les stratégies de référencement, les modèles d’achat groupé, voire certains arbitrages entre marge et qualité de service. Ce changement de paysage invite l’industrie à anticiper les attentes institutionnelles en matière d’éthique, de transparence et de conformité.
Perspectives Stratégiques
Le plan d’action en préparation pourrait entraîner :
→ un encadrement renforcé des obligations convertibles et quasi-capitalistiques ;
→ des règles de transparence sur les clauses d’influence ou de gouvernance ;
→ une meilleure surveillance contractuelle par les ARS et l’Ordre ;
→ une évolution possible de la réglementation pour éviter les contournements ;
→ un renforcement du débat sur le maintien d’un réseau officinal véritablement indépendant.
Au-delà de l’aspect juridique, cette dynamique interroge une question centrale : comment préserver l’indépendance professionnelle des pharmaciens dans un écosystème où la pression financière devient un acteur à part entière ?